Pour faire face à la pénurie persistante de médecins à Chalon-sur-Saône, les autorités de santé, collectivités locales et professionnels se mobilisent à travers différentes initiatives concrètes :
  • Mobilisation de dispositifs d’incitation, comme les aides à l’installation et la création de zones d’intervention prioritaire (ZIP).
  • Développement des maisons de santé pluridisciplinaires pour renforcer l’attractivité et le travail en équipe.
  • Mise en œuvre de la télémédecine et d’outils numériques pour faciliter l’accès aux soins.
  • Actions pour encourager l’accueil de stagiaires et jeunes médecins sur le territoire.
  • Rôle renforcé des collectivités locales, de l’Agence Régionale de Santé (ARS) et des syndicats professionnels pour coordonner ces mesures.
  • Promotion de la qualité de vie locale et des conditions d’exercice pour fidéliser les praticiens.
L’ensemble de ces mesures vise à assurer un accès équitable aux soins et à préserver le maillage médical dans un bassin de vie particulièrement touché par le vieillissement et le départ des professionnels de santé.

Comprendre la situation et ses enjeux spécifiques à Chalon-sur-Saône

Chalon-sur-Saône, deuxième ville de Saône-et-Loire, voit son tissu médical se fragiliser depuis plusieurs années. En 2023, selon les chiffres de l’ARS Bourgogne-Franche-Comté, la densité de médecins généralistes est tombée à moins de 76 pour 100 000 habitants, soit en dessous de la moyenne nationale (96/100 000). 30 % des médecins généralistes y ont plus de 60 ans et la question de la relève est d’autant plus pressante que les départements ruraux exercent une forte concurrence pour attirer les jeunes praticiens (INSEE, ARS BFC).

Cette situation impacte directement l’organisation des soins, engorgeant les cabinets restants et provoquant des délais d’attente allongés. Elle compromet aussi la permanence et la continuité des soins, des enjeux essentiels dans la lutte contre les inégalités territoriales d’accès à la santé.

Dispositifs institutionnels pour soutenir l’installation : le rôle central des ZIP et aides financières

Les zones d’intervention prioritaire (ZIP) définies par l’ARS sont le levier principal pour stimuler l’installation de nouveaux médecins. Chalon et plusieurs secteurs voisins ont été classés en ZIP, ce qui déclenche des aides substantielles :

  • Primes à l’installation et contrat d’aide à l’installation des médecins (CAIM) : jusqu’à 50 000 € dans certains cas, cumulables avec une exonération temporaire de charges sociales pour les jeunes généralistes.
  • Contrat de Praticien Territorial de Médecine Générale (PTMG) : garantit un revenu minimum aux jeunes médecins pendant deux ans, réduisant la prise de risque économique.
  • Soutien logistique : aide au logement, accompagnement administratif et mise en relation avec la communauté médicale.

Ces mesures visent à rendre l’installation moins contraignante dans les territoires les plus exposés à la désertification médicale (ministère de la Santé).

Développer l’exercice coordonné : maisons de santé pluriprofessionnelles et équipes de soins primaires

L’isolement professionnel est souvent cité parmi les principaux freins à l’installation, notamment des jeunes médecins qui aspirent aujourd’hui à un exercice collectif et pluridisciplinaire. À Chalon-sur-Saône, la dynamique des maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP) s’est fortement développée depuis une dizaine d’années :

  • En 2024, on compte 9 structures pluriprofessionnelles sur l’agglomération chalonnaise, réunissant médecins généralistes, infirmiers, kinésithérapeutes, pharmaciens, psychologues et assistants sociaux.
  • Ces maisons favorisent la coordination des parcours de soins, le partage de compétences et le soutien mutuel, facteur reconnu d’attractivité et de fidélisation des professionnels.
  • Les MSP proposent un cadre rassurant pour les nouveaux arrivants, qui peuvent débuter leur activité sans être isolés administrativement ou médicalement.

Le modèle d’équipes de soins primaires (ESP), groupes de professionnels autour d’un projet de santé partagé, est également promu par l’ARS. Plusieurs réseaux chalonnais se structurent de cette façon, facilitant le déploiement de projets tels que l'accompagnement des maladies chroniques ou la prévention.

Selon l’Ordre National des Médecins, 64% des médecins installés en maison de santé s’y déclarent plus satisfaits de leur équilibre vie professionnelle / vie personnelle que dans un exercice isolé.

La télémédecine pour garantir la continuité des soins et élargir l’accès 

Face à la raréfaction des consultations en présentiel, la télémédecine s’est imposée comme un outil incontournable à Chalon-sur-Saône, notamment depuis la crise sanitaire du Covid-19. Plusieurs initiatives sont à souligner :

  • Déploiement de téléconsultations : équipements connectés en MSP et en pharmacie, permettant la réalisation d’actes à distance, notamment pour la médecine générale et la spécialité (dermatologie, cardiologie, etc.).
  • Télé-expertise : mise en réseau entre professionnels locaux et spécialistes hospitaliers ou de centres urbains, pour accroître l’efficacité du diagnostic et du suivi sans déplacement du patient.
  • Développement des plateformes régionales (Telmi, MaSanté): facilitant la prise de rendez-vous et la coordination des soins entre ville et hôpital.

Ces outils, bien que ne remplaçant pas l’installation physique de professionnels, offrent à la population un accès renforcé à des avis médicaux qualifiés et limitent la perte de chance liée aux délais d’attente.

Attirer les jeunes médecins : stages, compagnonnage et accompagnement à l’installation

Renouveler la démographie médicale passe aussi par un travail en amont sur la formation et l'accueil des nouveaux médecins. Plusieurs leviers sont actionnés à Chalon-sur-Saône :

  1. Accroître l’offre de stages : renforcer l’accueil d’internes et d’externes dans les cabinets et maisons de santé. Près de 30 nouveaux lieux de stage ont été labellisés en Saône-et-Loire depuis 2020, offrant à la fois expérience du terrain et possibilité de nouer des liens avec les professionnels locaux.
  2. Mise en place de tutorat par des médecins séniors : pour accompagner les primo-installés dans les démarches juridiques, administratives, et l’intégration des équipes pluriprofessionnelles.
  3. Soutien logistique au logement : aide financière pour la location ou la rénovation d’espaces professionnels, souvent portée par les collectivités territoriales ou la Communauté d’Agglomération Le Grand Chalon.
  4. Partenariats avec les universités régionales : organisation de forums de l’installation et journées d’immersion locale pour faire découvrir l’environnement de vie et de travail de Chalon.

Ce ciblage des étudiants et jeunes diplômés anticipe les départs à la retraite et mise sur l’attachement professionnel suscité par une première expérience de terrain réussie.

Le rôle déterminant des collectivités locales et de l’écosystème institutionnel

L’action des collectivités territoriales, de la Communauté d’Agglomération Le Grand Chalon et des communes voisines, est désormais essentielle pour se démarquer des autres territoires en tension. Elles proposent des démarches conjuguant incitations financières, mais aussi valorisation du cadre de vie :

  • Campagnes de communication pour promouvoir l’attractivité du territoire (reportages, témoignages de praticiens installés, vidéos, parrainage d’étudiants en médecine).
  • Facilitation de l’arrivée en famille : accompagnement à la recherche d’écoles, de crèches, de logement, d’emploi pour les conjoints.
  • Création de locaux médicaux modulables et prêts à l’emploi pour réduire les obstacles matériels à l’installation.
  • Engagement dans les Contrats Locaux de Santé, animés par l’ARS, pour coordonner l’offre entre hôpital, médecins libéraux, secteur médico-social et collectivités.

Un exemple marquant est la politique de "guichet unique" d’accueil des professionnels de santé déployée par la Ville de Chalon. Elle garantit une prise en charge personnalisée dans toutes les étapes de l'installation, du premier contact à l'intégration dans le tissu local.

Accompagner l’évolution des métiers de la santé : valorisation des professions paramédicales

La démographie médicale ne doit pas occulter le rôle crucial des professionnels paramédicaux – infirmiers, pharmaciens, kinésithérapeutes, orthophonistes – dans la structuration de l’offre de soins, en particulier en maison de santé ou en cabinet de groupe. Leur recrutement bénéficie également des dispositifs d’aides à l’installation et, dans certains cas, de contrats incitatifs portés par les collectivités ou l’ARS.

  • Des assistants médicaux sont désormais recrutés pour soulager les médecins des tâches administratives et libérer du temps clinique.
  • Les protocoles de coopération interprofessionnelle (ex : suivi des patients diabétiques par binôme médecin/infirmier) sont encouragés et soutenus financièrement.
  • Diversification des interventions de prévention, d’éducation thérapeutique et d’accompagnement social, à même de rendre les parcours locaux plus fluides et attractifs pour les professionnels.

Cette approche globale répond à la nécessité de penser la démographie de la santé en incluant tout le premier recours et non pas seulement la médecine générale.

Perspectives et enjeux d’avenir : penser un nouveau modèle, durable et coopératif

L’amélioration de la démographie médicale à Chalon-sur-Saône repose sur une mobilisation collective, la multiplication de solutions concrètes et une ouverture à l’innovation organisationnelle. La stabilisation du nombre de professionnels, déjà amorcée dans certains secteurs grâce au dynamisme des MSP et au déploiement coordonné des aides, doit désormais s’accompagner d’un dialogue constant entre institutions, territoires, professionnels de santé et citoyens.

L’évolution rapide des attentes des jeunes médecins (exercice collectif, temps partiel, travail en équipe) nécessite d’adapter en permanence l’offre et l’accompagnement proposés. Dans ce contexte, la capacité de Chalon à mettre en synergie ses forces vives et à valoriser la qualité de vie locale restera l’un des principaux atouts pour préserver un accès aux soins de qualité dans les années à venir.

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