La ville de Chalon-sur-Saône et son agglomération sont confrontées à des mutations importantes dans la répartition et l’évolution des professionnels de santé. Voici les principaux repères pour comprendre l’état actuel et les tendances à anticiper :
  • Le vieillissement de la population médicale crée une tension sur l’offre de soins, notamment en médecine générale.
  • Les départs en retraite massifs de médecins pourraient aggraver les déserts médicaux déjà présents dans certains quartiers.
  • Les professions paramédicales (infirmiers, kinésithérapeutes, etc.) connaissent aussi une évolution démographique contrastée, avec des difficultés de recrutement spécifiques.
  • L’attractivité du territoire dépend de la capacité à offrir un exercice coordonné, de bonnes conditions de travail et des parcours de formation adaptés.
  • La région Bourgogne-Franche-Comté, dont dépend Chalon-sur-Saône, met en œuvre des dispositifs d’incitation et d’accompagnement pour attirer et fidéliser les professionnels de santé.
  • Adapter l’organisation des soins, diversifier les modes d’exercice et renforcer la coordination sont des leviers essentiels pour l’avenir de la démographie médicale et paramédicale locale.

Repères chiffrés : état des lieux à Chalon-sur-Saône

La population de Chalon-sur-Saône (environ 45 000 habitants, plus de 130 000 pour l’agglomération) bénéficie historiquement d’une certaine densité de professionnels de santé, mais ce constat masque depuis plusieurs années une tendance au déséquilibre, particulièrement en médecine générale et certaines spécialités médicales.

  • Selon l’Atlas régional santé 2023 (Source : ARS Bourgogne-Franche-Comté), la densité des médecins généralistes en Saône-et-Loire est de 100 pour 100 000 habitants, légèrement inférieure à la moyenne régionale.
  • Près de 40% des médecins généralistes en activité dans le chalonnais ont plus de 60 ans, avec une vague de départs en retraite attendue d’ici 5 à 10 ans.
  • Côté paramédical, les infirmiers libéraux représentent environ 175 professionnels sur l’agglomération, chiffre stable, mais les tensions sur les remplacements et la charge de travail persistent.
  • Les masseurs-kinésithérapeutes, orthophonistes et autres professions sont aussi touchés, avec parfois des délais de rendez-vous supérieurs à deux mois, notamment pour les actes spécialisés.

Vieillissement de la population médicale et renouvellement : l’enjeu central

Le vieillissement rapide des effectifs médicaux constitue le principal défi du territoire. Cette tendance ne concerne pas uniquement les médecins généralistes, mais aussi des spécialités essentielles (pédiatrie, gynécologie, psychiatrie, etc.).

  • Départs en retraite massifs : La part des médecins en âge de cesser leur activité place la région parmi les plus exposées à la “vague grise” (Source : DREES, Remplacement des générations médicales, 2022).
  • Difficile renouvellement : Pour un médecin installé, il y a moins de 0,7 installation de jeune praticien toutes spécialités confondues. La concurrence des autres territoires, les aspirations à l’exercice salarié ou en équipe pluridisciplinaire compliquent les remplacements.
  • Déséquilibre géographique : Même au sein de l’agglomération, certains quartiers, notamment périphériques, sont plus exposés à la raréfaction des praticiens.

Paramédicaux : des besoins croissants, des recrutements sous tension

Les professions paramédicales évoluent dans le même contexte démographique préoccupant, avec des singularités propres :

  1. Infirmiers(ères) : Si leur nombre reste stable, la pression sur les remplacements, la charge liée à la dépendance et au virage ambulatoire alourdit la tâche. Les attentes salariales et la reconnaissance du métier sont des facteurs déterminants pour attirer de nouveaux diplômés.
  2. Kinésithérapeutes : La région souffre d’une densité inférieure à la moyenne nationale (92 pour 100 000 habitants contre 132 en France – Source : URPS MK Bourgogne-Franche-Comté, 2023) et d’un solde migratoire négatif, les jeunes praticiens préférant parfois exercer en zones littorales ou proches de grandes métropoles.
  3. Orthophonistes, pédicures-podologues, psychomotriciens, etc. : Des professions où l’offre reste inférieure à la demande, générant un allongement des délais de prise en charge, surtout pour les enfants et personnes en situation de handicap.

Quels facteurs modèlent la démographie des professionnels de santé à Chalon-sur-Saône ?

Plusieurs leviers influencent la capacité d’un territoire comme celui de Chalon-sur-Saône à attirer, installer et faire travailler des professionnels de santé :

  • Qualité de vie et attractivité territoriale : Un facteur décisif pour les jeunes professionnels sensibles au cadre de vie, aux possibilités de scolarisation, à la culture locale et aux transports.
  • Conditions d’exercice : L’importance des maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP), pôles de santé ou communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), qui facilitent la coordination et rompent l’isolement professionnel.
  • Accompagnement à l’installation : Dispositifs incitatifs pilotés par la Région (contrats d’aide à l’installation, exonérations fiscales partielles, aide à la maison médicale), souvent décisifs pour franchir le cap.
  • Formation et stages : L’accueil d’internes et d’étudiants sur le territoire, à travers conventions avec les hôpitaux ou les cabinets, favorise la découverte du territoire et l’enracinement des futurs professionnels.

À Chalon-sur-Saône, plusieurs initiatives illustrent ce dynamisme : la CPTS « Sud Bourgogne » agit pour un maillage optimal, tandis que les établissements publics cherchent à attirer des professionnels grâce à la création de pôles innovants (télé-expertise, nouveaux modes de rémunération, etc.).

Focus sur la région : la Bourgogne-Franche-Comté comme laboratoire d’innovation

L’ARS Bourgogne-Franche-Comté multiplie les stratégies d’adaptation, en ligne avec les besoins locaux :

  • Contrats de praticiens territoriaux de médecine générale (PTMG) : Un dispositif qui cible les jeunes médecins en facilitant leur installation en zone sous-dense, via un revenu garanti et des aides logistiques.
  • Coordination des acteurs : Développement des CPTS mais aussi implication des collectivités locales et de l’hôpital dans la gestion des consultations avancées, par exemple dans les quartiers ou communes périphériques de Chalon.
  • Innovation numérique : Soutien au développement de la télémédecine, qui permet aux patients de maintenir l’accès à un professionnel même en l’absence physique.
  • Actions sur la formation continue : Le CH William Morey et les instituts paramédicaux accueillent de manière croissante des professionnels en alternance ou en accompagnement post-diplôme, renforçant ainsi les liens avec le tissu local.

Les scénarios envisagés pour les prochaines années

En croisant les tendances démographiques et les dispositifs actuellement en cours, plusieurs scénarios sont à anticiper pour Chalon-sur-Saône :

ScénarioConséquences probables
Statu quo (maintien de l’offre au niveau actuel) Baisse progressive de la densité médicale, tension sur les rendez-vous, accentuation du recours aux urgences pour les soins non programmés.
Renforcement du travail coordonné (expansion des CPTS, MSP, télémédecine) Meilleure organisation du soin, mutualisation des tâches, gain de temps médical et paramédical, limitation des ruptures de suivi.
Succession de départs en retraite sans remplacement Accroissement des zones sous-dotées, nécessité d’appeler des praticiens extérieurs, dégradation de l’accès au soin.
Attractivité réussie grâce aux mesures incitatives Renouvellement des effectifs, montée en puissance de nouveaux modes d’exercice, qualité et proximité du soin maintenues.

Le scénario le plus réaliste pour les 5 à 10 prochaines années combine une diminution modérée des effectifs médicaux classiques mais une montée en puissance de la coordination pluridisciplinaire, portée par la dynamique régionale et la volonté des acteurs de terrain.

Vers une nouvelle organisation des soins : quelles pistes d’action ?

Face à ces constats, la réponse ne sera pas unique, mais pluralité et adaptation sont les maîtres-mots. Plusieurs pistes se dégagent pour infléchir positivement la démographie médicale et paramédicale à Chalon-sur-Saône :

  1. Poursuivre et amplifier l’implantation de structures coordonnées : Le développement des MSP et des CPTS favorise l’attractivité des exercices mixtes et l’intégration des jeunes diplômés.
  2. Renforcer les incitations à l’installation : Les dispositifs financiers, logistiques et d’accompagnement doivent être pérennisés voire élargis, pour couvrir tous les bassins de vie.
  3. Mis sur l’innovation numérique : La télémédecine ne remplace pas la présence physique, mais peut pallier les absences temporaires et ouvrir le champ à la pluriprofessionnalité.
  4. Favoriser la formation et l’accueil d’internes : Multiplier les stages, les immersions et les liens avec les universités pour faire connaître le territoire et ses atouts.
  5. Valoriser le rôle des paramédicaux : Leur permettre de prendre un rôle accru dans la prévention, l’éducation à la santé, voire la prise en charge de premier recours pour décharger les médecins.

Perspectives : un territoire en mouvement, des solutions à co-construire

La démographie médicale et paramédicale à Chalon-sur-Saône s’inscrit dans un paysage en constante évolution, marqué par des défis structurels et une forte volonté d’innovation de la part des acteurs locaux et régionaux. L’enjeu central consiste à conjuguer attractivité, qualité de vie et organisation des soins pour garantir la pérennité de l’offre sur tout le territoire.

Une stratégie durable s’appuie sur la complémentarité entre professionnels, sur la capacité à innover dans les modes d’exercice et sur l’engagement concret de l’ensemble des personnes concernées (collectivités, établissements de santé, professionnels, habitants). Chalon-sur-Saône peut ainsi, par ses choix et ses expérimentations, contribuer à façonner une nouvelle dynamique pour la démographie médicale et paramédicale, au service des besoins réels de la population.

Sources principales : ARS Bourgogne-Franche-Comté, DREES, URPS de la région, Observatoire régional de la santé, rapports de la Fédération des maisons de santé pluriprofessionnelles (FEMAS-BFC), site web du ministère de la Santé et des Solidarités.

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