La démographie médicale et paramédicale à Chalon-sur-Saône subit des évolutions notables qui impactent l’organisation des soins et la qualité de la prise en charge territoriale. Les principaux éléments à prendre en compte sont exposés ci-dessous :
  • La diminution progressive du nombre de médecins généralistes et spécialistes, accentuée par des départs à la retraite non totalement compensés.
  • Une évolution contrastée des effectifs paramédicaux (infirmiers, kinésithérapeutes, etc.), souvent soumise à une attractivité inégale selon les zones urbaines et rurales.
  • L’augmentation de la part de professionnels exerçant en mode collectif ou en structures coordonnées, témoignant de nouvelles formes de coopération sur le terrain.
  • Des initiatives institutionnelles (CPTS, MSP, dispositifs d’attractivité) déployées pour limiter les écarts d’accès aux soins.
  • Un impact palpable sur la réponse aux besoins de santé, avec un recours accru à la téléconsultation et à l’innovation organisationnelle.
Cette situation évolutive révèle à la fois des défis à relever pour la région et des opportunités de transformation pour les professions de santé à Chalon-sur-Saône et dans son environnement.

Décryptage des chiffres : état actuel et dynamiques récentes

Le bassin de Chalon-sur-Saône, fort d’une population d’environ 115 000 habitants sur l’aire urbaine, s’inscrit dans une tendance déjà visible à l’échelle nationale : une diminution progressive du nombre de médecins en exercice libéral, particulièrement chez les généralistes. Selon la démographie publiée par le Conseil National de l’Ordre des Médecins (Atlas 2023), la Saône-et-Loire comptait en 2022 1 073 médecins actifs, dont 59 % de généralistes, soit une densité de 234 médecins pour 100 000 habitants, contre 327 au niveau national. Sur Chalon-sur-Saône et son bassin, cela se répercute de façon très marquée sur l’accessibilité en premier recours.

Plusieurs chiffres et faits marquants structurent l’observation :

  • Le nombre de médecins généralistes à Chalon intra-muros est passé d’environ 70 en 2012 à 52 en 2022 (source : Ordre des Médecins/Bourgogne Franche-Comté).
  • La moyenne d’âge des généralistes y atteint 54 ans, avec plus de 30 % de praticiens âgés de plus de 60 ans (ARS Bourgogne Franche-Comté, 2022).
  • Par contraste, les effectifs de professionnels paramédicaux (infirmiers surtout, mais aussi kinésithérapeutes et orthophonistes) restent en croissance, stimulés par des évolutions de formation et un besoin de prise en charge plus soutenu au domicile.

Chez les spécialistes, la pression s’accentue sur certaines disciplines comme l’ophtalmologie, la pédiatrie ou la psychiatrie, avec des délais d’attente qui dépassent parfois plusieurs mois. À l’hôpital, les postes vacants sont régulièrement signalés, notamment aux urgences, en anesthésie ou en radiologie (source : Fédération Hospitalière de France, 2023).

Zones urbaines versus territoires ruraux : une attractivité inégale

L’aire d’attractivité du territoire chalonnais dépasse largement la seule ville centre. Elle doit composer avec un tissu semi-urbain et rural, où la démographie médicale est encore plus tendue. De nombreux bourgs alentours, comme Mercurey, Givry ou Saint-Marcel, sont classés en « zone d’intervention prioritaire » par l’Agence Régionale de Santé (ARS) pour espérer bénéficier d’incitations à l’installation des médecins.

Cette polarisation se confirme dans le secteur paramédical, bien que la dynamique soit un peu différente. Si les professionnels infirmiers sont désormais plus nombreux avec 415 installés sur le bassin chalonnais en 2022 (Insee), leurs répartitions accentuent aussi les disparités : les cabinets se concentrent sur les pôles urbains, et certains villages demeurent dépendants d’interventions de réseaux plus larges.

Territoire Densité médecins généralistes (pour 100 000 habitants) Densité infirmiers libéraux (pour 100 000 habitants) % professionnels de plus de 60 ans
Chalon centre 112 168 31 %
Périphérie urbaine 83 134 34 %
Zones rurales voisines 49 120 36 %
Moyenne nationale 129 121 26 %

Sources : Ordre des Médecins, ARS BFC, INSEE 2022

Vers de nouvelles formes d’exercice et de coordination

Confrontés à une pénurie progressive et à l’exigence de soins coordonnés, de nombreux acteurs s’organisent en filières et structures collectives sur le territoire chalonnais :

  • Maisons de Santé Pluriprofessionnelles (MSP) : six sont désormais actives à Chalon et alentours (Cournot, Pradel, Chatenoy, etc.), réunissant médecins, infirmiers, kinés, podologues…
  • Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) : la CPTS du Chalonnais, créée en 2021, vise à fluidifier les parcours, optimiser la permanence des soins et mutualiser la gestion des urgences non vitales.
  • Pôles de recours hospitalier : les équipes du Centre Hospitalier de Chalon s’organisent avec la médecine de ville pour favoriser le maintien à domicile et limiter les ruptures de parcours.

Ces dynamiques de regroupement permettent parfois d’améliorer la charge de travail, mutualiser des ressources (secrétariats partagés, équipements), tout en facilitant une installation plus attractive des jeunes praticiens.

Réponses institutionnelles et innovations organisationnelles

Au-delà du constat, plusieurs leviers d’action sont activés à l’échelle locale pour limiter les effets de la pénurie médicale :

  • Incitations à l’installation : aides ARS (primes à l’installation, exonérations fiscales, soutien à l’immobilier professionnel), interventions départementales sur l’attractivité (logements temporaires, accueil stagiaires).
  • Développement de la télémédecine : la téléconsultation, dont le recours a été multiplié par sept en Saône-et-Loire entre 2020 et 2023 (source : Assurance Maladie), permet d’assurer des prises en charge ponctuelles ou des avis spécialisés à distance.
  • Valorisation des professions paramédicales : protocoles de coopération, délégations de tâches, élargissement des compétences (vaccination, suivi des patients chroniques) : ces mesures visent à soulager la pression sur les médecins tout en dynamisant les missions des soignants paramédicaux.
  • Mise en réseau : plateformes territoriales d’appui, organisations associatives portées par les professionnels engagés (ex : Contrats Locaux de Santé, Parcours Santé Seniors).

Perspectives et enjeux pour garantir l’accès aux soins

Les projections de l’Ordre Prévisionnel (ONDPS 2023) sont formelles : le creux démographique médical atteindra son point critique autour de 2027-2028 sur l’ensemble du bassin chalonnais, avant que la tendance ne s’inverse en raison de l’arrivée des nouvelles générations diplômées. Cette période, charnière, impose de repenser la solidarité territoriale et la coopération entre ville, hôpital et secteur médico-social.

Les facteurs d’espoir et de transformation ne manquent pas :

  • L’accroissement de la formation de professionnels paramédicaux en filière courte et polyvalence croissante des missions (IPA, assistants médicaux, etc.).
  • L’implication croissante des étudiants en médecine et jeunes diplômés, souvent formés dans des stages pluriprofessionnels locaux (notamment via le CHU de Dijon et les instituts de formation chalonnais).
  • Le développement de la prévention primaire et de la santé communautaire, où le tissu associatif local joue un rôle d’entraînement (Maison des Adolescents, réseaux gériatriques, etc.).

Enfin, la refonte profonde des organisations de soins observée à Chalon-sur-Saône et sur son bassin témoigne de la capacité du territoire à s’engager dans la transition démographique, tout en préservant un haut niveau d’expertise et de proximité. Pour les professionnels, les élus et les citoyens, la prise de conscience collective des enjeux et la valorisation des initiatives innovantes demeurent des leviers essentiels face à cette transformation.

Sources : Conseil National de l’Ordre des Médecins (Atlas 2023), ARS Bourgogne Franche-Comté, INSEE, Assurance Maladie, Fédération Hospitalière de France, ONDPS.

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