Au cœur de la Saône-et-Loire, la ville de Chalon-sur-Saône et son bassin de vie sont confrontés à une évolution marquée de l'offre médicale. Voici les grandes lignes qui permettent de comprendre la situation actuelle concernant les médecins généralistes sur ce territoire :
  • La population du bassin de vie de Chalon-sur-Saône atteint près de 115 000 habitants, répartis sur une trentaine de communes.
  • En 2024, la commune de Chalon-sur-Saône compte 51 médecins généralistes installés en cabinet libéral ou mixtes, d’après les chiffres officiels de l’ARS et du Conseil de l’Ordre.
  • En incluant l’ensemble du bassin de vie, le nombre total de médecins généralistes en activité régulière s’élève à environ 103 praticiens.
  • Un vieillissement préoccupant de la profession : près de la moitié des praticiens du secteur ont plus de 55 ans, ce qui laisse envisager une réduction future de l’offre médicale.
  • La densité médicale de la zone reste supérieure à la moyenne départementale, mais la dynamique de désertification médicale aggrave les défis d’accès aux soins, notamment en périphérie.
  • La coopération et la réorganisation des soins primaires sur le territoire deviennent des leviers essentiels pour garantir une réponse adaptée aux besoins de la population.

Définir le périmètre : Chalon-sur-Saône et son bassin de vie

Avant toute analyse chiffrée, il importe de délimiter le territoire concerné. La ville de Chalon-sur-Saône, deuxième agglomération de Bourgogne après Dijon, s'étend sur un bassin de vie qui englobe environ 30 communes. Ce « bassin de vie » correspond à la zone d’attraction économique, scolaire et sanitaire pour la majorité de la population locale, comme défini par l’INSEE et l’ARS.

  • Population de la ville : 44 167 habitants (Insee, janvier 2021).
  • Population du bassin de vie : autour de 115 000 habitants sur des communes comme Saint-Rémy, Châtenoy-le-Royal, Lux, Givry, Champforgeuil, etc.
  • Nombre de médecins géneralistes à prendre en compte : praticiens en exercice régulier (hors remplacements exclusivement temporaires, intérim et retraités actifs).

La dynamique urbaine de Chalon attire également une patientèle venant de la périphérie. Ainsi, c’est à cette échelle élargie que les chiffres prennent tout leur sens.

Nombre de médecins généralistes en 2024 : données officielles

Les deux sources les plus fiables pour effectuer un état des lieux sont l’Agence Régionale de Santé Bourgogne-Franche-Comté (ARS BFC) et le Conseil de l’Ordre des Médecins. En croisant leurs données, il est possible d’obtenir un comptage précis et actualisé.

Voici un tableau de synthèse des effectifs de médecins généralistes à Chalon-sur-Saône et son bassin de vie (données : ARS/Ordre des Médecins, janvier 2024) :

Territoire Population concernée Médecins généralistes en activité régulière Densité (pour 100 000 habitants)
Chalon-sur-Saône (commune) ≈44 200 51 116
Bassin de vie (30 communes) ≈115 000 103 89

Interprétation : Le nombre de médecins sur la commune de Chalon-sur-Saône demeure assez stable mais marque une légère érosion depuis 10 ans. Sur le bassin plus large, le repli est plus net : le nombre de médecins généralistes en activité régulière a diminué de près de 17 % depuis 2013 (source : Atlas régional ARS, 2019 et statistiques du Conseil départemental de l’Ordre des Médecins).

Répartition géographique des médecins généralistes

L’accès effectif aux soins ne dépend pas uniquement du total de médecins, mais aussi de leur implantation sur le territoire. Chalon intra-muros regroupe près de la moitié des professionnels du secteur, notamment dans les quartiers du centre, du quartier Saint-Jean-des-Vignes et du secteur Bellevue. Plusieurs maisons de santé pluridisciplinaires offrent aussi des points d’ancrage structurants, comme la Maison de Santé Chalon Sud ou celle du quartier Prés Saint-Jean.

Dans les communes alentours, la fragmentation de l’offre pose des difficultés. Les cabinets isolés, parfois à effectif unique, fragilisent la continuité des prises en charge, surtout lors des congés ou des départs en retraite. Certaines communes (Saint-Marcel, Châtenoy-le-Royal) bénéficient d’un tissu médical encore étoffé, mais d’autres villages périphériques observent une raréfaction inquiétante.

Portrait démographique des médecins généralistes du territoire

Le vieillissement des médecins généralistes constitue un enjeu majeur sur le secteur chalonnais. Les chiffres de l’ARS soulignent :

  • 46 % des médecins généralistes du bassin de vie (soit 47 praticiens) ont plus de 55 ans.
  • No seulement 13 % ont moins de 40 ans, traduisant une difficulté locale d’attractivité pour les jeunes praticiens.

Cette pyramide des âges déséquilibrée laisse présager des tensions accrues pour maintenir une offre suffisante d’ici 5 à 10 ans, en raison de départs en retraite non compensés par de nouvelles installations.

Dynamique d’installation et départs à la retraite : quel renouvellement ?

Les statistiques de l’Ordre et de l’ARS montrent qu’en 2023, on comptait seulement 3 nouvelles installations de médecins généralistes libéraux à Chalon-sur-Saône et 5 sur l’ensemble du bassin de vie, pour 9 départs à la retraite effectifs sur le même périmètre.

La majorité des médecins exercent en exercice libéral, parfois en groupe en maison de santé. Quelques postes salariés complètent l’offre, notamment au sein de centres de santé communautaires, de la PMI, de la médecine scolaire, ou du Centre hospitalier William Morey (activité de consultation générale).

L’arrivée de nouveaux professionnels reste faible : le « solde naturel » est déficitaire. Cette tendance fait écho au contexte national, mais localement, le rapport entre besoins de la population et praticiens disponibles s’en trouve plus rapidement sous tension.

Densité médicale à Chalon et comparaison régionale

  • Densité à Chalon (ville seule, en 2024) : 116 généralistes pour 100 000 habitants.
  • Densité dans le bassin de vie : 89 pour 100 000.
  • Densité moyenne en Saône-et-Loire : 86 pour 100 000 habitants (source : DREES, Panorama national 2023).
  • Densité moyenne nationale en 2024 : 94 pour 100 000 habitants.

Le secteur chalonnais résiste mieux que d’autres zones rurales du département (Autun, Charolles) mais reste en-dessous de la moyenne nationale, signe d’un équilibre fragile.

Les conséquences concrètes pour la population locale

La raréfaction progressive des médecins entraîne un accès aux soins plus complexe : augmentation des délais de rendez-vous, renoncement à certains suivis, et surcharge des cabinets restants. Certains patients n’ont plus de médecin traitant déclaré et doivent se tourner vers des structures alternatives (centres de santé, urgences, téléconsultation).

Les efforts pour faciliter l’installation de jeunes médecins (incitations financières, accompagnement institutionnel, développement des maisons de santé pluriprofessionnelles) n’ont qu’un effet partiel, en raison d’un vivier de diplômés limité et d’une concurrence forte d’autres territoires plus attractifs.

Vers quel avenir pour l’accès local aux soins primaires ?

La situation à Chalon-sur-Saône témoigne autant de la résilience de certains professionnels que de la nécessité d’organiser autrement la réponse de soins primaires. Le tissu de coopération locale – équipes de soins primaires, CPTS (Communauté Professionnelle Territoriale de Santé Chalonnais Sud Côte Chalonnaise), médecine de ville-hôpital – prend une importance croissante pour éviter une fracture sanitaire.

  • Développement du partage de tâches entre professionnels de santé (infirmières en pratique avancée, assistants médicaux).
  • Renforcement de la télémédecine pour pallier l’insuffisance d’offre en présentiel, surtout en période de pic d’activité virale.
  • Appui institutionnel pour structurer de nouveaux modes d’exercice, en phase avec la réalité démographique.

La préservation d’une offre médicale accessible et de qualité dépendra à moyen terme de la capacité du territoire à attirer les jeunes praticiens, à innover dans les modes de prise en charge, et à renforcer la coordination entre tous les acteurs du secteur.

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