L’évolution de la démographie des professionnels paramédicaux à Chalon-sur-Saône suscite de vives interrogations, tant pour les institutions que les habitants du territoire. Cette dynamique influence directement l’accès aux soins et la qualité de la prise en charge. Synthèse des points majeurs à retenir :
  • La population paramédicale à Chalon-sur-Saône a connu une croissance notable sur la dernière décennie, en ligne avec le vieillissement général de la population locale.
  • Les infirmiers demeurent de loin les plus nombreux, suivis par les aides-soignants et les kinésithérapeutes, mais de fortes disparités persistent selon les champs d’intervention.
  • Les recrutements dans certains métiers (orthophonistes, ergothérapeutes, psychomotriciens) restent insuffisants pour répondre à la demande croissante, notamment liée au virage ambulatoire.
  • La moyenne d’âge des professionnels augmente, avec un enjeu marqué de renouvellement des générations, en particulier pour les infirmiers et les kinésithérapeutes.
  • Les difficultés d’attractivité pour travailler en établissement ou à domicile dans certaines zones périphériques deviennent un défi structurant pour garantir une couverture homogène de la population du bassin chalonnais.
  • La structuration en réseau (MSP, CPTS) commence à porter ses fruits, soutenant l’installation de nouveaux professionnels paramédicaux.

Tendances générales de la démographie paramédicale à Chalon-sur-Saône

La tendance nationale montre une augmentation constante du nombre de professionnels paramédicaux depuis une vingtaine d’années (DREES, chiffres 2023). Chalon-sur-Saône ne fait pas exception. On peut estimer que la croissance globale de ces effectifs sur le bassin de vie a suivi la dynamique régionale Bourgogne-Franche-Comté, avec une hausse du nombre d’emplois paramédicaux supérieure à 10 % entre 2010 et 2020. Plusieurs facteurs expliquent cette évolution :

  • L’augmentation des besoins liés au vieillissement de la population (personnes de plus de 75 ans : +25 % dans le Chalonnais entre 2012 et 2022, Source INSEE).
  • L’évolution des pratiques de soins, favorisant l’ambulatoire et le maintien à domicile, sollicitant toujours plus d’infirmiers, d’aides-soignants ou de kinésithérapeutes.
  • La création et l’essor des maisons de santé pluridisciplinaires (MSP) et des Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS), qui offrent un cadre plus attractif pour le travail en équipe et facilitent l’installation.

Répartition et effectifs des grandes familles de métiers

Pour cerner la situation spécifique de Chalon-sur-Saône, il est utile de détailler les principaux métiers paramédicaux représentés sur le territoire. Selon les chiffres récents de l’ARS Bourgogne-Franche-Comté (2022) et du CDOI 71, on observe la répartition suivante :

Métier * Effectif (2022, secteur ville + établissements) Tendance récente Commentaires
Infirmiers Plus de 800 +11 % sur 10 ans Répartition homogène, mais tension sur les soins à domicile
Aides-soignants Environ 600 +8 % Forte présence en établissements (EHPAD, hôpital)
Kiné/masseurs-kinésithérapeutes Près de 150 +15 % Pénurie sur le secteur rural et pour interventions à domicile
Ergothérapeutes Une vingtaine Stable, faible croissance Sous-nombre par rapport aux besoins médico-sociaux
Orthophonistes Une soixantaine Légère augmentation Délais importants pour les primo-consultations
Psychomotriciens Moins de 10 Quasi stable Installation principalement en institutions
Podologues Une quarantaine +10 % Besoins en hausse avec l’augmentation des maladies chroniques

* Les chiffres sont donnés à titre indicatif, les recensements strictement locaux étant parfois plus complexes à établir.

Âge, attractivité et renouvellement des paramédicaux : un enjeu de génération

L’analyse de la pyramide des âges met en lumière un vieillissement sensible chez plusieurs professions paramédicales à Chalon-sur-Saône. Chez les infirmiers, la moyenne d’âge approche 44 ans, et plus d’un quart a dépassé les 55 ans (Ordre National Infirmier, 2023). Cette tendance, relevée aussi chez les kinésithérapeutes, interroge le renouvellement des effectifs :

  • Départs en retraite: D’ici 2027, la DREES estime qu’environ 15 % des paramédicaux en poste à Chalon sur Saône pourraient cesser leur activité pour cause de retraite.
  • Formations paramédicales : La région bénéficie d’un IFSI (Institut de formation en soins infirmiers) et d’un IFAS (Institut d’aide-soignant), mais l’attractivité reste insuffisante pour combler tous les besoins (étudiants issus d’autres départements, fuites après diplomation).
  • Difficulté d’installation en libéral : Les jeunes diplômés privilégient souvent le salariat (établissements, structures mutualisées), freinant le renouvellement en exercice isolé, notamment en zones périurbaines ou rurales.

Ce défi structurel impacte la permanence des soins, en particulier pour le maintien à domicile, les soins de suite et la rééducation, où l’offre de proximité doit s’adapter aux besoins croissants de prise en charge de la dépendance et du handicap.

Territorialité et équité d’accès : disparités à l’échelle du bassin chalonnais

L’une des problématiques majeures demeure la répartition des professionnels paramédicaux sur le territoire. Si la zone urbaine du cœur de Chalon ne connaît pas de carence majeure, les quartiers périphériques et certaines communes rurales voisines (Saint-Marcel, Champforgeuil, Châtenoy-le-Royal, etc.) sont confrontés à :

  • Des délais allongés pour obtenir des rendez-vous, particulièrement pour les spécialités rares (orthophonie, ergothérapie).
  • Des déplacements difficiles pour les soins à domicile, faute d’effectifs suffisants ou de tolérance sur le zonage (secteurs « en tension » selon l’ARS).
  • Une polarisation de l’offre autour des pôles médicaux (MSP, cabinets de groupe), laissant certaines zones « blanches ».

Plusieurs dispositifs cherchent à y remédier :

  • Financements et incitations à l’installation dans les zones identifiées comme déficitaires, selon les critères du zonage ARS (aides à l’installation, exonérations fiscales, etc.).
  • Développement des exercices coordonnés grâce aux MSP, CPTS, réseaux professionnels ou outils de télésanté, qui optimisent le temps médical et la disponibilité des professionnels.
  • Intégration dans les parcours de soins via des recrutements hospitaliers ciblés (notamment en rééducation, en EHPAD ou en psychiatrie), et des partenariats Ville-Hôpital.

Métamorphose des pratiques et adaptation aux nouveaux besoins

L’évolution démographique des professionnels paramédicaux s’inscrit dans un paysage où les attentes des patients changent :

  1. Le virage ambulatoire accentue la demande paramédicale en dehors de l’hôpital, notamment après des séjours courts ou pour les prises en charge post-opératoires à domicile.
  2. Le développement des maladies chroniques (diabète, insuffisances cardiovasculaires, polypathologies vieillissantes), multiplie la demande de soins de support (pieds diabétiques : sollicitant podologues et kinés, rééducation respiratoire, coordination aide-soignant/infirmier).
  3. L’exigence d’un accompagnement médico-social renforcé pour la dépendance (personnes âgées, handicapées) impose une stratégie de collaboration intensive avec les travailleurs sociaux et les aides à domicile.
  4. L’essor de la télémédecine et des dispositifs numériques bouleverse la donne, autorisant certaines délégations d’actes ou suivis à distance ; mais implique une adaptation des compétences et outils chez les professionnels paramédicaux.

Facteurs d’attractivité et facteurs de fragilité sur le territoire

Plusieurs leviers contribuent à dynamiser ou freiner la démographie paramédicale sur le bassin chalonnais :

  • Facteurs positifs : qualité de vie, dynamisme associatif, présence d’un centre hospitalier référent, densité relative des MSP.
  • Facteurs de fragilité : rémunération parfois peu attractive notamment dans le secteur de l’aide à domicile, lourdeur administrative, accès au logement dans certains secteurs, pénibilité du travail (notamment sur les horaires fractionnés et la charge psychologique liée au vieillissement et à l’isolement social des patients).

Capacités d’adaptation et pistes pour demain

La pérennité de l’offre paramédicale sur Chalon-sur-Saône et son agglomération repose ainsi sur :

  • L’accompagnement à l’installation (aides, intégration dans des collectifs, travail coordonné avec les structures de soins et médico-sociales).
  • L’adaptation des formations pour valoriser les stages locaux, la découverte du bassin de vie et des leviers d’attractivité spécifiques.
  • La structuration accrue de l’exercice coordonné, qui seule permet de répondre à la complexité croissante des parcours de soins et de résister à l’usure professionnelle.
  • Le suivi attentif des indicateurs démographiques, intégrant non seulement le nombre d’actifs mais également leur disponibilité réelle, leur répartition géographique et leur pyramide des âges.

Face à la dynamique démographique, le bassin chalonnais devra ainsi continuer à inventer des réponses innovantes pour garantir durablement l’égalité d’accès aux soins paramédicaux et soutenir la vocation de ses professionnels.

Sources principales utilisées : DREES, ARS Bourgogne Franche-Comté, INSEE, Ordres Nationaux professionnels, Coordination territoriale, recensements locaux (CPTS/MSP Chalon Sud), ONDPS.

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