Le profil démographique des médecins à Chalon-sur-Saône démontre une forte proportion de praticiens de 55 ans et plus, pointant vers une vague imminente de départs à la retraite. Ce vieillissement du corps médical local s’inscrit dans une tendance nationale, avec plus de 40% des médecins généralistes français ayant dépassé les 60 ans selon l’Ordre national des médecins. Cette structure d’âge engendre des risques majeurs : diminution de l’offre de soins, allongement des délais de rendez-vous, renforcement des zones médicalement sous-dotées, et tensions dans la permanence des soins. Face à ces enjeux, la question du renouvellement des effectifs, de l’attractivité du territoire et de la réorganisation des pratiques devient centrale pour préserver la qualité et l’accessibilité aux soins à Chalon-sur-Saône.

Introduction

Le paysage médical en France vit une transformation marquante, et Chalon-sur-Saône n’échappe pas à ce mouvement. Le vieillissement des médecins généralistes et spécialistes est devenu un enjeu primordial, tant pour les professionnels eux-mêmes que pour les habitants du territoire. À l’échelle locale, connaître précisément la répartition par âge des praticiens permet de mesurer l’ampleur du renouvellement nécessaire, d’anticiper les départs à la retraite et de réfléchir collectivement aux réponses à y apporter. Cette situation n’est pas isolée : elle est emblématique des défis rencontrés par de nombreuses villes moyennes en France.

La structure d’âge des médecins : repères nationaux et locaux

Avant de zoomer sur Chalon-sur-Saône, il est utile d’avoir un aperçu général. D’après le Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM) dans son Atlas 2023, la population médicale française vieillit nettement :

  • En 2023, 43% des médecins actifs inscrits en France avaient plus de 60 ans.
  • Le pic du vieillissement s’observe chez les généralistes, avec près de 50% d’entre eux dans cette tranche d’âge.
  • La relève est freinée par une baisse des nouvelles installations depuis les années 1990, aggravée par le numerus clausus historique et des choix d’exercice différents chez les jeunes diplômés (emplois salariés, postes hospitaliers, exercice mixte, etc.).

Dans ce contexte, la région Bourgogne-Franche-Comté présente un profil vieillissant légèrement supérieur à la moyenne nationale (données ARS Bourgogne-Franche-Comté, rapports 2022-2023) :

  • 46% des médecins généralistes de la région ont plus de 55 ans.
  • 21% seulement ont moins de 40 ans.
  • La densité médicale continue de décroître, passant à 294 médecins pour 100 000 habitants contre 318 pour la France entière.

À l’échelle de la Saône-et-Loire, et plus spécifiquement de Chalon-sur-Saône (source : ARS 2023, Ordre des Médecins départemental, observatoire régional), ces tendances se retrouvent voire s’accentuent. La ville et son bassin de vie (environ 110 000 habitants) font face à une pyramide des âges déséquilibrée.

Répartition par tranche d’âge des médecins à Chalon-sur-Saône

Les chiffres précis sont déterminants pour comprendre la situation locale et guider tout dispositif de soutien ou d’incitation. Voici, d’après le dernier pointage de l’Ordre des Médecins et l’Observatoire régional de la santé Bourgogne-Franche-Comté (actualisation 2023), la répartition estimée des médecins exerçant à Chalon-sur-Saône :

Tranche d’âge % des effectifs Estimation nombre de médecins
Moins de 40 ans 15% Environ 30
40-54 ans 28% Environ 55
55-64 ans 34% Environ 66
65 ans et plus 23% Environ 44

(Base estimée sur environ 195 médecins généralistes et spécialistes actifs en 2023 dans la zone de Chalon-sur-Saône)

Ce tableau met en lumière une part très significative de médecins de plus de 55 ans (soit plus de la moitié des effectifs), ce qui laisse présager une vague de départs à la retraite dans les prochaines années.

Risques liés aux départs à la retraite massifs

Les chiffres sont parlants : d’ici 5 à 10 ans, Chalon-sur-Saône pourrait voir plus de 55% de ses médecins actuels atteindre l’âge du départ à la retraite. Ce constat soulève plusieurs risques pour le tissu local de santé :

  • Diminution de l’offre de soins : Les départs non remplacés réduisent la capacité à accueillir de nouveaux patients et accentuent le risque de “déserts médicaux”.
  • Allongement des délais de rendez-vous : Moins de médecins signifie plus de difficultés d’accès, notamment pour le suivi des maladies chroniques et la prévention.
  • Perturbation de la continuité des soins : Les patients doivent parfois changer de médecin traitant, avec une perte de lien et de connaissance fine des parcours.
  • Tensions sur la permanence des soins : Les gardes et astreintes deviennent plus difficiles à organiser, surtout la nuit et le week-end.
  • Risques accrus pour les établissements : Les hôpitaux et cliniques de Chalon-sur-Saône subissent aussi la pénurie, avec des difficultés de recrutement et de fidélisation (Source : CH William Morey, rapport d’activité 2022).

Facteurs aggravants et spécificités locales

  • Âge moyen particulièrement élevé chez les généralistes : À Chalon-sur-Saône, la moyenne d’âge des généralistes approche 60 ans, bien au-dessus de la moyenne nationale (Source : URPS Médecins Libéraux BFC).
  • Attirance des jeunes diplômés pour l’exercice regroupé ou hospitalier : Les maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP) se développent, mais peinent à suffire au renouvellement. Plusieurs établissements cherchent à mutualiser les moyens pour attirer les plus jeunes praticiens.
  • Moindre attractivité relative du territoire : La concurrence avec les grandes métropoles régionales et la perception d’une charge de travail élevée freinent certaines installations, malgré des dispositifs d’aide financière (primes d’installation, exonérations fiscales, etc.).
  • Diversité des spécialités en tension : Si la situation est critique chez les généralistes, certaines spécialités médicales locales (pédiatrie, gynécologie, endocrinologie) connaissent également des taux de seniors très élevés et sont exposées à la même logique de pénurie.

Quelles réponses institutionnelles et locales ?

Face à ces risques, plusieurs leviers sont mis en œuvre à l’échelle locale, régionale et nationale. Chalon-sur-Saône s’inscrit dans un faisceau d’initiatives coordonnées pour éviter la rupture de l’accès aux soins :

  • Mise en réseau et regroupements : Développement de MSP, Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) et structuration autour de la Maison Médicale de Garde.
  • Attractivité et accompagnement : Les collectivités locales travaillent avec l’ARS pour valoriser l’exercice local : accueil des internes, visibilité sur les aides à l’installation, accompagnement administratif.
  • Téléconsultation et délégation de tâches : Déploiement accéléré des solutions numériques et implication accrue des paramédicaux (infirmiers, IPA, assistants médicaux) pour décharger les médecins seniors.
  • Incitation à l’exercice mixte hospitalier/libéral : Favoriser la souplesse de carrières, notamment pour les jeunes médecins appréciant la diversité des modes d’exercice.

Malgré ces efforts, la problématique de l’attractivité reste centrale. Il s’agit moins d’une question de nombre de médecins formés (le numerus clausus ayant été réajusté) que d’une difficulté à attirer durablement une nouvelle génération sur des territoires jugés moins attractifs ou exigeants.

Ouverture : urgence d’un renouvellement et nouveaux modes d’exercice

La répartition par âge des médecins à Chalon-sur-Saône exige une attention soutenue des acteurs institutionnels et de la société civile. La vague de départs à la retraite constitue une alerte dont il faut tenir compte immédiatement, sous peine de voir s’amplifier les tensions sur l’accès aux soins. L’enjeu du renouvellement ne réside pas uniquement dans la formation de nouveaux praticiens, mais aussi dans la transformation des modes d’exercice, la qualité de vie au travail et l’attractivité du territoire. L’avenir du soin s’invente aujourd’hui dans le dialogue entre générations, l’innovation organisationnelle et une meilleure coopération entre structures. Chalon-sur-Saône, à l’image de bien d’autres territoires français, se situe à la croisée des chemins entre héritage et mutation, vigilance et inventivité.

Sources principales : Conseil National de l’Ordre des Médecins (Atlas 2023), ARS Bourgogne-Franche-Comté, URPS Médecins Libéraux BFC, Observatoire régional de la santé, CH William Morey.

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