L’organisation de l’offre médicale sur le territoire de la Saône-et-Loire révèle des écarts significatifs selon les bassins de vie. Chalon-sur-Saône, deuxième pôle démographique du département, se distingue du point de vue du nombre de médecins, généralistes comme spécialistes, mais doit aussi faire face à des défis propres de démographie médicale. Voici une synthèse des éléments essentiels pour appréhender la situation :
  • Chalon-sur-Saône concentre une offre médicale supérieure à la moyenne départementale, particulièrement en médecins spécialistes.
  • Le nord et le sud du département présentent un déficit plus marqué de professionnels de santé.
  • L’âge moyen des praticiens à Chalon-sur-Saône, bien que légèrement inférieur à celui du département, soulève des enjeux de renouvellement générationnel.
  • Les inégalités d’accès aux soins persistent malgré la densité médicale locale, sous l’effet de la désertification rurale et du vieillissement de la population médicale.
  • Les dispositifs institutionnels et associatifs multiplient les initiatives pour attirer et fidéliser des médecins dans le Chalonnais, mais aussi dans les zones limitrophes moins dotées.
Cette situation illustre les défis actuels de la coordination des soins et de la structuration de l’offre médicale au niveau local et départemental.

Introduction

La question de la démographie médicale s’impose aujourd’hui comme l’un des enjeux majeurs d’équité et de qualité du système de santé, au niveau national, régional et local. À l’échelle de la Saône-et-Loire, les disparités territoriales en matière de présence médicale sont particulièrement notables, soulevant des interrogations vives sur l’accès aux soins et l’organisation des parcours de santé pour la population. Chalon-sur-Saône, en tant que centre urbain majeur, occupe une position spécifique : elle capte une part importante des effectifs médicaux du département, tout en étant impactée par les mêmes tendances de vieillissement que le reste du territoire.

Comparer la situation chalonnaise à celle des autres pôles du département apporte un éclairage précieux sur les dynamiques de démographie médicale, les écarts d’offre de soins selon les aires de vie, et les leviers institutionnels mobilisés pour anticiper les conséquences des départs en retraite et garantir une offre stable pour les années à venir.

Panorama général de la démographie médicale en Saône-et-Loire

La Saône-et-Loire, département peu densément peuplé à l’échelle nationale, fait face à un enjeu de démographie médicale commun à de nombreux territoires ruraux : une diminution progressive du nombre de médecins en exercice, combinée à un vieillissement préoccupant de la profession.

  • Densité médicale moyenne : En 2023, la Saône-et-Loire comptait environ 150 médecins pour 100 000 habitants, selon les chiffres de l’ARS Bourgogne-Franche-Comté. C’est inférieur à la moyenne nationale, qui s’établit autour de 160 pour 100 000.
  • Vieillissement professionel : Plus de 48% des médecins généralistes en activité dans le département ont plus de 55 ans (Ordre national des médecins, Atlas 2023). Ce phénomène expose le territoire à un risque important de difficulté de renouvellement.
  • Zonages prioritaires : Certaines zones, notamment dans le Charolais et le Clunisois, sont classées comme "zones d’intervention prioritaire" par l’ARS en raison de la faiblesse de leur offre médicale.

La répartition des professionnels n’est cependant pas homogène. Les grandes villes, comme Mâcon, Le Creusot-Montceau et Chalon-sur-Saône, concentrent à la fois une population plus nombreuse et une offre médicale plus diversifiée. C’est dans cette configuration qu’il faut situer Chalon-sur-Saône.

Chalon-sur-Saône : un pôle médical attractif mais fragile

Avec ses près de 46 000 habitants (INSEE 2022), Chalon-sur-Saône est le deuxième pôle urbain du département. Cette taille démographique s’accompagne d’une densité médicale supérieure à la moyenne départementale, caractérisée par :

  • Une offre de premier recours relativement préservée, avec environ 110 médecins généralistes sur l’agglomération (source : ARS 2023).
  • Une forte présence en spécialistes, grâce au centre hospitalier William Morey, à la clinique Sainte-Marie et à un réseau développé de cabinets libéraux.
  • Un tissu paramédical important (pharmacies, kinésithérapeutes, infirmiers, orthophonistes, etc.).

La densité médicale (tous médecins confondus), rapportée au nombre d’habitants, dépasse les 200 médecins pour 100 000 habitants sur l’agglomération chalonnaise, soit un niveau sensiblement supérieur à la moyenne départementale.

Toutefois, cette attractivité doit être nuancée par un vieillissement progressif des effectifs -- l’âge moyen des médecins généralistes chalonnais étant estimé autour de 53 ans, contre 55 ans pour le département. La proportion de praticiens approchant de l’âge de la retraite implique la nécessité d’une vigilance accrue quant au renouvellement des générations. Plusieurs quartiers périphériques de Chalon affichent même une vulnérabilité en matière d’offre médicale.

Comparatif territorial : Chalon-sur-Saône face aux autres bassins de la Saône-et-Loire

Densité de médecins généralistes (2023) selon les principaux territoires
Territoire Densité (généralistes / 100 000 habitants) Âge moyen (en années) Part de médecins de plus de 60 ans (%)
Chalon-sur-Saône agglo 95 53 38
Mâcon agglo 88 54 41
Le Creusot-Montceau 78 57 46
Charolais-Brionnais 67 59 52
Clunisois 62 58 54

On constate que, si Chalon-sur-Saône affiche des indicateurs supérieurs en terme de densité et de jeunesse relative de ses praticiens, l’écart a tendance à se rétrécir progressivement. Les territoires ruraux, eux, cumulent un fort vieillissement médical et une attractivité faible pour l’installation de jeunes médecins.

Les spécialistes sont par ailleurs plus représentés sur Chalon : on recense notamment une quinzaine de pédiatres, une dizaine de gynécologues, un service d’urgences 24/7, un plateau technique poussé et plusieurs centres de consultations avancées, alors que ces spécialités font parfois défaut à moins de 40 km de la ville.

Dynamiques actuelles et enjeux de la répartition médicale

Facteurs d’attractivité de Chalon-sur-Saône

  • Accessibilité : Proximité des infrastructures hospitalières, services spécialisés accessibles et présence d’un internat hospitalier.
  • Qualité de vie : Ville à taille humaine, offre culturelle et sportive, dynamisme associatif, services éducatifs (écoles, collèges, lycées, IFSI, IFAS).
  • Dispositifs d’accueil : Initiatives de la Communauté d’Agglomération, local médical partagé, mise à disposition de locaux par la municipalité, aides à l’installation en zones déficitaires.

Fragilités et marges d’amélioration

  • Tensions sur certaines spécialités : Difficulté à attirer ou à retenir des médecins dans certaines spécialités (dermatologie, endocrinologie, psychiatrie, etc.).
  • Évolution démographique : Croissance de la population âgée sur Chalon et abords, accentuant la pression sur les soins de premier recours et le suivi des maladies chroniques.
  • Précarités sociales : Inégalités d’accès dans certains quartiers défavorisés, non compensées par la densité médicale globale.

Une pluralité d’acteurs institutionnels – Agence Régionale de Santé, CPTS (Communautés professionnelles territoriales de santé), collectivités, Ordre des médecins – cherchent à anticiper la prise en charge des départs en retraite à venir, notamment par une politique active de stage, d’incitation à l’installation pour les jeunes diplômés et de coordination des soins.

Initiatives et perspectives : comment Chalon et la Saône-et-Loire cherchent à répondre aux défis ?

  • Développement des CPTS : La structuration en communautés territoriales vise à mutualiser les ressources, optimiser la permanence des soins et fluidifier les parcours patients, sur Chalon et dans ses environs (source : CPTS Grand Chalon).
  • Renforcement des stages : Accueil d’internes et de praticiens en stage dans les cabinets chalonnais, dans l’objectif de stimuler les installations après la formation (source : Faculté de Médecine de Dijon, ARS).
  • Télémédecine : Déploiement accru de solutions de téléconsultation sur tout le département, en particulier pour le suivi spécialisé dans les zones rurales éloignées.
  • Maison de santé pluriprofessionnelle (MSP) : Sur Chalon, Buxy et Saint-Rémy, ces structures offrent un cadre collaboratif attractif pour l’exercice en équipe.
  • Plaquettes de promotion et accompagnement personnalisé : Les collectivités mettent en place un accompagnement au logement, à l'emploi du conjoint et à la scolarité des enfants pour séduire de nouveaux praticiens.

Regards croisés et ouverture

L’étude attentive des données souligne que Chalon-sur-Saône joue véritablement le rôle de pôle-moteur pour la médecine départementale, alliant attractivité relative, richesse en spécialités et capacité d’innovation organisationnelle. Toutefois, la fragilité latente, liée à la structure d’âge élevée des praticiens et au caractère circonscrit de l’excédent médical, oblige à une vigilance commune.

Dans l’avenir proche, la mobilisation des outils de coordination, la capacité à innover en matière d’attractivité des jeunes médecins et le soutien institutionnel seront déterminants pour garantir à tous les habitants du Chalonnais et de la Saône-et-Loire un accès effectif à des soins de qualité. Le défi relève autant de la planification stratégique que du dialogue entre acteurs de terrain, pour accompagner la transition générationnelle et développer les synergies médicales indispensables.

Sources principales : ARS Bourgogne-Franche-Comté (données publiques 2023), Atlas de la démographie médicale 2023 (Conseil national de l’Ordre des médecins), Insee, CPTS Grand Chalon.

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