Dans un contexte de vieillissement rapide de la population et d’évolution des besoins en santé, le territoire chalonnais est confronté à d’importants défis quant à l’offre de soins paramédicaux. Plusieurs éléments structurent ces enjeux :
  • La progression attendue du nombre de personnes âgées et de patients atteints de maladies chroniques, nécessitant une prise en charge pluriprofessionnelle accrue.
  • La tension persistante sur le recrutement dans de nombreux métiers paramédicaux : infirmiers, aides-soignants, kinésithérapeutes, ergothérapeutes, psychomotriciens.
  • L’évolution des modes d’exercice, notamment du travail en coordination, et la nécessaire adaptation des effectifs aux attentes des patients et au virage ambulatoire.
  • L’enjeu de l’attractivité du territoire, tant pour la formation initiale que pour le maintien en poste.
Anticiper ces besoins et renforcer les synergies locales apparaît crucial pour garantir la qualité et la continuité des soins sur Chalon-sur-Saône et les environs.

Un contexte démographique qui redessine la carte des besoins

Le bassin chalonnais, à l’instar du reste de la France, connaît un vieillissement sensible de sa population. Entre 2015 et 2050, selon l’INSEE, la proportion des plus de 75 ans devrait passer de 9,1 % à près de 17 % en Saône-et-Loire [INSEE, Projections 2050]. Ce phénomène impacte directement la demande en soins et la sollicitation des professionnels paramédicaux :

  • Augmentation des situations de perte d’autonomie et des besoins en soins de longue durée.
  • Multiplication des polypathologies nécessitant une mobilisation interdisciplinaire croissante.
  • Essor de la prise en charge à domicile, portée par le virage ambulatoire, qui accentue la demande en personnels qualifiés en ville comme en établissements.
Face à cette évolution, le territoire n’échappe pas à la tension généralisée sur certains métiers paramédicaux, avec des risques majeurs de pénurie ou de déséquilibres locaux si aucune mesure d’anticipation n’est prise.

Tensions actuelles et projections sur les effectifs paramédicaux à Chalon

De nombreux rapports signalent une pression croissante sur l’ensemble des métiers de la filière paramédicale. Certaines tensions s’observent déjà dans la région Bourgogne-Franche-Comté et sur le chalonnais :

  • Infirmiers : Le taux d’emploi demeure élevé, mais les difficultés de recrutement en établissements se multiplient. L’ARS Bourgogne-Franche-Comté estime que la population régionale d’infirmiers diplômés d’État aura besoin de croître d’au moins 1,5% par an pour suivre le vieillissement de la population [ARS BFC, Diagnostic régional 2021].
  • Aides-soignants : Tension très forte, notamment en EHPAD et en services à domicile. Les formations ne permettent pas toujours de compenser les départs à la retraite ni l’augmentation des besoins.
  • Kinésithérapeutes : Rareté accrue, particulièrement en zone rurale et périurbaine, avec un taux de vacance de postes supérieure à la moyenne nationale.
  • Ergothérapeutes, psychomotriciens : Métiers en développement mais encore trop rares localement pour répondre à la montée des pathologies chroniques et du handicap chez les adultes et enfants.

Le vieillissement du corps professionnel (de nombreux départs à la retraite prévus d’ici 2030), la féminisation et la recherche d’une meilleure conciliation vie professionnelle/vie privée accentuent par ailleurs la tension sur les remplacements et les postes vacants.

Facteurs aggravants et catalyseurs d’évolution

Plusieurs éléments risque d’accentuer les besoins futurs sur le territoire chalonnais :

  • Virage ambulatoire : La réduction des durées d’hospitalisation et l’essor de l’hospitalisation à domicile (HAD) accroissent la pression sur les effectifs paramédicaux en ville.
  • Spécificité du patient âgé : L’accompagnement de la dépendance requiert des compétences spécifiques, particulièrement en gériatrie, en soins relationnels et en gestion de la fin de vie.
  • Diversification des pratiques : Les nouveaux outils numériques (télémédecine, dossier médical partagé, objets connectés) exigent de nouvelles compétences et modifient l’organisation du travail.
  • Tâches administratives croissantes : La charge administrative, souvent croissante pour les paramédicaux, réduit le temps consacré au soin direct.

Quels métiers paramédicaux rechercher en priorité à moyen et long terme ?

Une analyse des besoins prospectifs permet de hiérarchiser les priorités en matière de recrutement et de formation sur Chalon-sur-Saône :

  • Soins infirmiers : Besoin d’accroître les effectifs en ville, en HAD et en EHPAD. Montée en compétences indispensable (prise en charge de la douleur, soins palliatifs, coordination pluriprofessionnelle, management d’équipe).
  • Aides-soignants : Renforcer l’attractivité de la formation et la fidélisation, avec un accent sur l’intégration aux équipes mobiles, aux services d’aide à domicile et aux parcours complexes.
  • Kiné/Ergo/Psychomotriciens : Investir dans ces ressources pour la rééducation, la prévention de la perte d’autonomie et l’accompagnement aux situations de handicap ou polypathologies.
  • Orthophonistes : Anticiper la hausse des troubles du langage chez les enfants comme chez les adultes (AVC, maladies neurodégénératives).
  • Autres métiers en croissance : Art-thérapeutes, diététiciens, podologues, assistants de soins en gérontologie, animateurs en EHPAD, assistants médicaux en soutien aux médecins de ville…

L’attractivité du territoire, clé de la réponse à la pénurie

La capacité de Chalon-sur-Saône à attirer, former et retenir les professionnels paramédicaux conditionnera la réponse à ces besoins futurs. Plusieurs leviers sont à mobiliser :

  • Renforcer la visibilité des formations paramédicales (IFSI, IFAS, écoles de kinésithérapie et d’ergothérapie), attirer des jeunes en reconversion ou valoriser la mobilité géographique.
  • Développer des stages sur les bassins déficitaires pour créer une culture de la pratique locale et impliquer les étudiants le plus tôt possible dans le tissu chalonnais.
  • Favoriser la qualité de vie professionnelle : partenariats entre établissements, mutualisation des remplacements, politique RH ambitieuse sur les temps partiels choisis, dispositifs d’aide au logement et à la mobilité.
  • Miser sur l’innovation : implication des paramédicaux dans les démarches de télésanté, expérimentation des pratiques avancées, mise en place de protocoles de coopération.

La coordination, moteur d’une gestion territoriale efficace

Une approche territoriale exigeante passe par la coordination entre acteurs : établissements hospitaliers, structures médico-sociales, professionnels libéraux et réseaux associatifs doivent agir de concert pour :

  • Mieux anticiper et planifier les besoins en effectifs via des observatoires locaux (cartographie des besoins, projection des flux de patients, modélisation des départs à la retraite).
  • Gérer collectivement les situations de crise (absences longues, pics épidémiques, tensions saisonnières).
  • Favoriser la transférabilité des compétences et la coopération entre métiers (protocoles de délégation, appui de professionnels « ressources »…).
Le succès de cette synergie locale reposera notamment sur la circulation de l’information, la sensibilisation des acteurs et la création d’environnements propices à l’innovation organisationnelle.

Éléments prospectifs pour une dynamique durable

Au vu de l’ensemble de ces éléments, le territoire chalonnais se trouve à la croisée de plusieurs dynamiques, nécessitant une adaptation permanente :

  • Déployer rapidement des solutions d’attractivité pour limiter les écarts entre offre et demande de soins.
  • Renforcer la formation initiale et continue, particulièrement pour les métiers émergents ou en tension.
  • Explorer les marges d’innovation organisationnelle et numérique pour optimiser le temps soignant brut.
  • Valoriser la collaboration entre institutions, élus, acteurs de santé et usagers pour garantir une prise en charge coordonnée et durable des besoins à venir.

Garantir demain un accès égalitaire à des soins paramédicaux de qualité sur Chalon-sur-Saône repose sur cette exigence de prospective et de synergie locale. Dans un contexte où la pénurie ne se résorbera pas à court terme, chaque initiative en faveur de l’attractivité, de la formation et de la coordination revêt une importance déterminante pour le bien-être de la population chalonnaise.

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