À Chalon-sur-Saône, la présence des kinésithérapeutes et d’autres professions paramédicales façonne l’offre de soins de proximité.
  • Le territoire bénéficie d’une densité supérieure à la moyenne nationale pour certains professionnels de santé, mais rencontre aussi des difficultés d’accessibilité selon les quartiers.
  • Les kinésithérapeutes, ergonomes, orthophonistes, infirmiers ou encore psychomotriciens jouent un rôle pivot dans le parcours patient, que ce soit en ville, à domicile ou en établissement médico-social.
  • La coordination, essentielle, est favorisée par des initiatives locales telles que les MSP (maisons de santé pluriprofessionnelles) et réseaux interprofessionnels.
  • L’attractivité du territoire pour ces métiers est contrainte par certaines problématiques structurelles : offre de formation, renouvellement générationnel, et conditions d’exercice parfois complexes.
  • La dynamique collective chalonnaise permet l’émergence de projets innovants en santé publique et en prise en charge des maladies chroniques.
Ce contexte met en lumière un écosystème de santé en mutation, au service de la population, mais confronté à des enjeux forts d’organisation et de pérennisation.

Les kinésithérapeutes et autres paramédicaux à Chalon-sur-Saône : panorama démographique

Chalon-sur-Saône, ville de plus de 45 000 habitants et pôle hospitalier de Saône-et-Loire, regroupe un nombre significatif de professionnels paramédicaux par rapport à sa population. Selon les données du Répertoire Partagé des Professionnels de Santé (RPPS) consultées en 2023, la ville et son bassin de vie comptent :

  • Environ 90 kinésithérapeutes en exercice libéral et salarié, soit une densité supérieure à la moyenne nationale (donnée Ameli, 2023 : 132 pour 100 000 habitants en France, 180 pour 100 000 à Chalon-sur-Saône).
  • Près de 220 infirmiers libéraux et salariés, une quinzaine d’ergothérapeutes, une trentaine d’orthophonistes, ainsi que des psychomotriciens et orthoptistes représentés de façon plus modeste.
  • Plus de 40 pharmacies, centres d’imagerie médicale et laboratoires de biologie médicale ancrant l’offre de soins de proximité.

Ce tissu professionnel favorise la prise en charge plurielle des patients : personnes âgées, enfants, personnes en situation de handicap ou souffrant de pathologies chroniques. L’effectif élevé, toutes disciplines paramédicales confondues, masque toutefois des disparités entre quartiers et des délais parfois longs pour certains actes spécifiques (notamment en rééducation neurologique ou pédiatrique).

Répartition et accessibilité territoriale : des contrastes persistants

Si le centre-ville de Chalon-sur-Saône et les secteurs proches du bassin hospitalier montrent une densité forte, d’autres quartiers, comme la périphérie nord-est ou certaines communes limitrophes (Châtenoy-le-Royal, Saint-Rémy), sont en relative sous-dotation. Le Conseil départemental de Saône-et-Loire a publié en 2021 une cartographie révélant que plus de 15 % de la population chalonnaise réside dans une zone dite « d'accès fragile aux soins paramédicaux ».

Les paramètres en cause sont connus :

  • L’offre de soins concentrée autour des établissements hospitaliers et des pôles de santé libéraux du centre urbain.
  • Un accès aux professionnels plus difficile pour les personnes âgées ou en situation de précarité sociale et de mobilité réduite.
  • Des délais d’attente pour certaines spécialités dépassant fréquemment trois à quatre mois (kinésithérapie spécialisée, orthophonie).

Face à ces déséquilibres, plusieurs dispositifs spécifiques ont été mis en œuvre :

  • Des consultations avancées de kinésithérapeutes dans les EHPAD.
  • Un développement de la prise en charge à domicile avec la mobilisation des réseaux d’infirmiers et d’auxiliaires de vie.
  • La promotion du recours à la télésanté et aux centres de soins pluridisciplinaires pour réduire les distances.
Selon l’Agence Régionale de Santé Bourgogne-Franche-Comté, la télérééducation est encore peu répandue à l’échelle chalonnaise, mais suscite un intérêt croissant depuis la crise sanitaire COVID-19.

Des coopérations renforcées : maisons de santé et réseaux interprofessionnels

La dynamique territoriale à Chalon-sur-Saône s’appuie largement sur le modèle de la collaboration « ville-hôpital », mais aussi sur les initiatives portées par les maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP) et centres de santé.

En 2023, le territoire compte :

  • 4 maisons de santé pluridisciplinaires intégrant kinésithérapeutes, infirmiers, médecins généralistes, et accessoirement psychologues ou diététiciens.
  • Un contrat local de santé (CLS) multisectoriel coordonné par la Ville de Chalon, facilitant la coopération entre acteurs publics, privés et associatifs.
  • Des réseaux spécialisés en soins palliatifs, rééducation cardiaque et neurologique, avec la participation active des paramédicaux.

Ces dispositifs permettent d’améliorer la fluidité du parcours patient, particulièrement pour les personnes âgées en perte d’autonomie ou les patients chroniques complexes. Ils constituent une réponse locale concrète aux orientations nationales : missions de prévention, éducation thérapeutique, ou encore sorties de soins précoces depuis l’hôpital vers le secteur de ville. Sources : ARS Bourgogne-Franche-Comté, Ville de Chalon-sur-Saône, Fédération des maisons de santé pluriprofessionnelles (FEMAS).

Les défis de l’attractivité des métiers paramédicaux

Si le vivier de professionnels semble dynamique à Chalon-sur-Saône, il n’en demeure pas moins que ces métiers demeurent exposés à une tension croissante :

  • Évolution démographique des professionnels : un tiers des kinésithérapeutes du secteur ont plus de 50 ans (chiffre Ameli 2023), avec un risque de départ massif à la retraite dans la décennie à venir.
  • Problématique du renouvellement et du recrutement : la région, dépourvue de certains instituts de formation en orthophonie, ergothérapie ou psychomotricité, attire difficilement de jeunes diplômés.
  • Conditions d’exercice parfois complexes : charge administrative croissante, amplitude horaire élargie, isolement professionnel dans les zones périphériques.

Le Conseil National de l’Ordre des Masseurs-Kinésithérapeutes et les unions régionales des professionnels de santé (URPS) alertent sur la nécessité d’anticiper ces bouleversements afin de pérenniser l’offre de soins locale (voir rapport URPS 2022).

Pratiques professionnelles et innovations en santé à Chalon-sur-Saône

Quelle évolution des pratiques à Chalon-sur-Saône ? Les kinésithérapeutes et paramédicaux chalonnais ne se bornent plus à la simple dispensation de soins individuels. Plusieurs axes innovants se dégagent :

  • Développement d’ateliers collectifs d’éducation thérapeutique, par exemple en prévention des chutes chez les seniors ou en réadaptation cardiaque.
  • Intégration de la prise en charge coordonnée dans les démarches de soins palliatifs, de suivi des cancers ou de gestion de la santé mentale.
  • Participation à des actions de prévention en milieu scolaire (posturologie, ergonomie).

L’implication dans la recherche clinique, si elle reste modérée à l’échelle locale, gagne du terrain grâce aux partenariats avec le CH William Morey (hôpital régional) et à l’existence de groupes de réflexion animés par les centres de santé.

Enfin, la crise sanitaire a été un accélérateur : nouveaux modes de consultation, diversification des modalités de rééducation (visios, outils numériques) et adaptation aux restrictions, tout en maintenant la priorité à l’accompagnement humain, soulignent des études de Santé Publique France publiées en 2021-2022.

Un regard sur l’avenir : quels enjeux pour la coordination et la qualité des soins ?

La configuration chalonnaise illustre bien la nécessité d’une adaptation continue aux besoins de la population : vieillissement, augmentation des pathologies chroniques, demandes accrues en réhabilitation. Les professionnels de santé comme les institutions s’interrogent aujourd’hui sur la meilleure manière de :

  • Renforcer l’attractivité locale des métiers et la capacité d’accueil des jeunes diplômés paramédicaux.
  • Réduire les disparités d’accès grâce à une meilleure répartition géographique et aux innovations organisationnelles (télémédecine, consultations décentralisées).
  • Poursuivre le développement des foyers interprofessionnels (MSP, réseaux coordonnés), leviers essentiels du décloisonnement du parcours patient.

L’actualité sanitaire et sociale démontre une chose : la qualité des soins, tout comme le bien-être professionnel des kinésithérapeutes et autres paramédicaux, dépendra de la capacité du territoire à créer et maintenir des synergies solides entre tous ses acteurs. Chalon-sur-Saône, en ce sens, est un terrain d’expérimentation propice, mais dont l’équilibre reste à consolider.

Pour approfondir : ORS Bourgogne-Franche-Comté, Panorama de l’offre de soins paramédicale (2023) | URPS Bourgogne-Franche-Comté | Ville de Chalon-sur-Saône, Vie & Santé

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