À Chalon-sur-Saône, la diminution du nombre de médecins généralistes et spécialistes a des conséquences immédiates sur l'organisation des soins ainsi que sur les patients. Ce phénomène, observable depuis plusieurs années, provoque notamment :
  • Un allongement général des délais de rendez-vous, tant en médecine de ville qu'à l'hôpital.
  • Une hausse de la fréquentation des services d'urgence, souvent liés à la difficulté de consulter un médecin rapidement.
  • Des inégalités accrues d’accès aux soins selon l’âge, la situation sociale ou la localisation géographique des patients.
  • L’adaptation des professionnels et des patients, avec un recours croissant aux téléconsultations et à la réorganisation des équipes médicales.
  • Des conséquences sur la santé publique globale, avec un risque d’aggravation des pathologies faute de prise en charge précoce.
La situation chalonnaise offre un exemple concret des enjeux nationaux relatifs à la démographie médicale et à l’accès aux soins.

Un constat chiffré : la démographie médicale en recul à Chalon-sur-Saône

D’après les données du Conseil National de l’Ordre des Médecins (Atlas de la démographie médicale 2023), la France fait face à un recul global du nombre de médecins généralistes en activité régulière. Le département de Saône-et-Loire est confronté à un vieillissement marqué de ses professionnels : en 2023, près de 42 % des généralistes de Saône-et-Loire avaient plus de 60 ans.

À Chalon-sur-Saône, la tendance accentue le phénomène national : alors que la ville comptait environ 90 médecins généralistes pour 45 000 habitants en 2015, ce chiffre n’a cessé de baisser, avoisinant une soixantaine en 2023 selon l’ARS Bourgogne-Franche-Comté. Les départs à la retraite sont plus nombreux que les installations, et la densité de spécialistes (cardiologues, dermatologues, pédiatres) suit la même courbe, accentuant la pression sur les consultations du secteur public et privé.

  • Moyenne nationale de médecins généralistes : 88 pour 100 000 habitants (2023, Ordre des Médecins).
  • Densité à Chalon-sur-Saône : environ 65 pour 100 000 habitants (estimation croisée ARS/BTS santé, 2023).

La baisse de la démographie médicale, tout sauf anecdotique, dessine un paysage où la demande de soins évolue plus vite que l’offre locale.

Délai de rendez-vous : une patience mise à rude épreuve

L’allongement des délais de consultation est la conséquence directe la plus visible de la chute du nombre de praticiens. Les études des plateformes de prise de rendez-vous (Doctolib, 2023) font état d’un délai moyen supérieur à 14 jours pour obtenir un rendez-vous avec un généraliste en Bourgogne-Franche-Comté, contre 9 jours au niveau national. À Chalon-sur-Saône, certains quartiers notent même des pics à 21 jours, notamment sur les périodes de vacances ou lors de l’absence de remplaçants.

Pour les spécialistes, les délais sont encore plus longs. Un rendez-vous chez un dermatologue peut atteindre 6 mois d’attente, et obtenir une consultation en cardiologie ou en ophtalmologie relève du parcours d’obstacles pour les personnes éloignées des grands centres urbains.

  • Consultation généraliste : 2 à 3 semaines dans les zones les moins dotées.
  • Spécialistes : 3 à 6 mois en moyenne pour certaines disciplines, davantage lors de la fermeture de cabinets ou d’un départ à la retraite.

L’allongement des délais impacte tous les publics, mais fragilise avant tout les personnes âgées, les familles précaires, et ceux qui n’ont pas de moyen de transport pour élargir leur secteur de recherche médicale.

Effets collatéraux sur le parcours de soins et la prise en charge

Au-delà de la frustration de patienter, ces délais ont des répercussions concrètes sur la santé publique et sur la structure du parcours de soins :

  • Augmentation du recours aux urgences : Faute d’alternative disponible, de nombreux patients se tournent vers les urgences du Centre Hospitalier de Chalon-sur-Saône pour des problèmes qui relèveraient normalement de la médecine de ville (sources : Rapport ARS Bourgogne-Franche-Comté 2023).
  • Désorganisation des filières de soins : La continuité des soins est compromise par la multiplication des consultations improvisées, des accueils sans rendez-vous et la difficulté à trouver un médecin traitant, ce qui fait peser une lourde charge administrative sur les structures sanitaires.
  • Retards de diagnostic et d’accompagnement : La détection précoce de certaines pathologies chroniques (diabète, cancers, maladies cardiovasculaires) se révèle plus difficile, ce qui expose à des complications médicales évitables.

La baisse du nombre de médecins joue donc un rôle d’accélérateur des situations à risque et impose de revoir l’organisation des acteurs du territoire.

Ruptures d’accès et inégalités territoriales

L’impact n’est cependant pas identique pour tous. À l’échelle de la commune et du bassin de vie chalonnais, on observe une accentuation des disparités :

  • Des quartiers moins bien desservis : Les secteurs périphériques de Chalon-sur-Saône (Saint-Jean-des-Vignes, quartiers Est par exemple) accusent un déficit plus marqué et peinent à attirer de nouveaux professionnels.
  • Les populations âgées davantage affectées : Chez les personnes de plus de 70 ans, le cumul des difficultés (perte de mobilité, isolement, complexité administrative) rend la recherche d’un praticien particulièrement ardue – alors même que ces populations concentrent le plus de besoins de santé.
  • Un effet “domino” entre ville et campagne : L’insuffisance en centre-ville conduit certains patients à consulter en périphérie, où l’offre médicale s'amenuise encore plus rapidement, fragilisant tout l’arrière-pays chalonnais.

Ces disparités locales sont exacerbées par la tendance nationale au regroupement de l’exercice médical dans de plus grands centres urbains, et par le recours à des remplaçants parfois difficiles à trouver.

Les réponses institutionnelles et professionnelles : adaptation et innovations

Face à cette tension, plusieurs leviers sont mobilisés, avec plus ou moins de réussite :

  • Structuration des maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP) : Chalon-sur-Saône compte désormais plusieurs MSP qui mutualisent les moyens, facilitent l’accueil coordonné et optimisent la prise en charge en équipe.
  • Déploiement de la téléconsultation : La crise du Covid-19 a accéléré l’acceptation de la téléconsultation. Sa pratique se développe à Chalon-sur-Saône, en priorité pour les suivis simples et les renouvellements de prescription, mais elle ne peut remplacer dans tous les cas une évaluation présentielle.
  • Coopération entre professionnels de santé : Le recours accru aux infirmiers en pratique avancée, aux assistants médicaux et à la délégation de tâches offre une respiration bienvenue dans les cabinets surchargés.
  • Incentives à l’installation : L’ARS et la Ville multiplient les dispositifs de soutien financier ou logistique pour inciter de jeunes médecins à s’installer (aide à la location, accompagnement logistique, etc.), avec des résultats encore mitigés.

Ces réponses sont précieuses mais peinent à compenser à court terme le “trou d’air” démographique qui affecte le bassin chalonnais. Elles témoignent néanmoins d’un volontarisme collectif pour limiter la dégradation des délais de prise en charge.

Anticiper l’évolution : enjeux pour la santé publique locale

La limitation du nombre de médecins a des conséquences multiples, qui dépassent la seule question du rendez-vous différé. La santé publique locale est confrontée à plusieurs défis stratégiques :

  • Préserver un accès équitable à une médecine de proximité : alors même que la désertification médicale se fait ressentir à l’échelle départementale et régionale.
  • Améliorer le repérage et la prévention : en soutenant des actions de dépistage en dehors des cabinets, par le biais des pharmacies, infirmiers, campagnes de dépistage itinérantes.
  • Accompagner à la transition numérique : pour maximiser le potentiel de la télémédecine, tout en gardant une vigilance sur la fracture numérique qui peut exclure certains usagers.
  • Renforcer la formation et l’attractivité : des praticiens auprès des jeunes en formation et encourager un retour à l’exercice dans des zones sous-dotées.

La situation de Chalon-sur-Saône ouvre ainsi un débat important sur les conditions d’accès aux soins en France, sur l’innovation organisationnelle et la nécessité de nouvelles solidarités professionnelles et citoyennes face à la pénurie médicale.

Une situation locale révélatrice de défis nationaux

L’exemple chalonnais est emblématique des tensions à l’œuvre dans de nombreux territoires français. Il révèle des fractures de l’accès aux soins et pose la question du « modèle » de médecine à l’échelle locale : comment répondre à la forte demande, organiser la solidarité entre professionnels, maintenir la qualité du suivi, tout en faisant face à la réalité d’un effectif médical en repli ?

Les solutions émergentes, bien qu’imparfaites et lentes à transformer en profondeur la situation, montrent que l’adaptation est déjà en marche. L’enjeu sera, dans les prochaines années, d’articuler innovations technologiques, nouvelles pratiques coopératives et attractivité territoriale pour restaurer un accès fluide et équitable à la santé pour tous les Chalonnais.

Sources : Conseil National de l’Ordre des Médecins, Statistiques ARS Bourgogne-Franche-Comté, Rapport IRDES 2023, site de la Ville de Chalon-sur-Saône, Doctolib, presse régionale (Le JSL).

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